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MODULE FONDAMENTAL

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AUTOCHTONIE, ALTERITE ET INTRANQUILITE ESTHETIQUE ET ETHIQUE DANS LA LITTERATURE AFRICAINE ECRITE

1. Littérature AUTOCHTONIE, ALTERITE ET INTRANQUILITE ESTHETIQUE ET ETHIQUE DANS LA LITTERATURE AFRICAINE Frédéric MAMBENGA-YLAGOU

Ethiopiques numéro 75 Littérature, philosophie et art 2ème semestre 2005 AUTOCHTONIE, ALTERITE ET INTRANQUILITE ESTHETIQUE ET ETHIQUE DANS LA LITTERATURE AFRICAINE [1]

Auteur : Frédéric MAMBENGA-YLAGOU [2]

Dans un monde où les bornes de délimitation des champs culturels sont en pleine mutation, les concepts d’identité et d’altérité suscitent une nouvelle prospection sémantique, tant ils sont confrontés à l’expérience de la globalisation et à la récurrence des discours régionalistes identitaires dont le fondement génital est l’affirmation et la conquête de l’autochtonie culturelle, dans un contexte sociétal où la diversité ethnique est souvent perçue comme une source d’instabilité. Quel sens donner à ces deux concepts dans des espaces sociaux fortement marqués par des pratiques culturelles hétérogènes où apparaissent également des conservatismes culturels ? Si le continent africain n’incarne pas tout seul la problématique de ces deux concepts en mobilité sémantique, il reste que les expériences coloniales et postcoloniales font de ce continent l’espace privilégié d’une introspection analytique de la praxis sociale de ces concepts. Cette question mérite bien une introspection dans le champ littéraire africain. D’abord parce que la littérature, en général, entretient des rapports consubstantiels avec le monde ; ensuite parce que, par les thématiques qu’elle aborde, la littérature africaine constitue un révélateur puissant de ces interrogations souterraines qui échappent à l’immédiateté de la vie quotidienne ; enfin parce que la littérature africaine écrite en langues européennes est par essence une manifestation totale des tensions inhérentes à la confrontation des concepts de l’altérité et de l’autochtonie. Il nous paraît donc nécessaire d’interroger le conditionnement sociologique de cette littérature afin de voir comment les textes ont généré une thématique de l’intranquillité esthétique et éthique dont le socle permanent serait la crise de l’idéal unitaire, ce que nous désignons par complexe de la matrice génitale [3] qui apparaît dès le vagissement des premiers textes de fiction africains en langues européennes, au début du siècle dernier, et qui trouve dans le mouvement de la Négritude sa manifestation esthétique la plus sublimée, dans l’esprit contestataire des écrivains du désenchantement sa meilleure exaltation politique et dans les écritures contemporaines, sa poétique la plus hétérogène. Pour comprendre le surgissement des questions identitaires en Afrique, Il est donc important de recadrer, du point de vue de l’historicité africaine, le concept d’altérité culturelle. Ce concept n’est pas subordonné, en Afrique, au contact avec d’autres civilisations, exogènes à l’espace africain comme les civilisations arabe et européenne. L’altérité culturelle est inhérente à l’évolution des peuples africains avant ces contacts, au demeurant déterminants pour les changements des sociétés africaines. L’anthropologie nous enseigne que l’invention de l’agriculture et la sédentarisation ont profondément transformé les modes lignager et villageois et conduit à l’émergence progressive des liaisons culturelles interethniques. Mais l’altérité culturelle de type exogène fait irruption en Afrique avec l’ouverture au monde arabe au sein des protovilles [4] africaines du Nord [5], de l’Ouest et de l’Est. Ces mouvements d’introduction des éléments culturels extérieurs firent naître des modes de vie hétérogènes dont le swahili est, du point de vue linguistique, un exemple intéressant de synthèse entre cultures endogènes et cultures exogènes. A partir de là, il est possible de concevoir les identités culturelles africaines non plus sous un angle fixiste, c’est-à-dire des cultures qui n’ont pas subi d’altération avant l’arrivée des Européens, mais plutôt sous celui d’une recomposition culturelle sous l’effet des réalités sociales, sans cesse mouvantes. La situation culturelle en Afrique de l’Ouest islamisée est tout à fait significative. Une culture spécifique s’est créée autour des interactions culturelles entre le fonds permanent animiste et les pratiques religieuses et sociales musulmanes. L’arrivée des Européens parachève ces mouvements qui vont s’amplifier dès la fin du XVème siècle avec la traite des Noirs. Au moment où germent les écritures littéraires en langues occidentales en Afrique, au début du XXème siècle, le concept d’altérité culturelle est déjà une donnée consubstantielle aux élites sociétés africaines mais elle n’a pas encore engendré une néoculture africaine arrivée à maturité comme ce fut le cas de celle issue des interactions culturelles arabo-musulmanes et africaines entre les XIII et XIXèmes siècles.

Notes

[1] Cette question a déjà suscité de nombreux débats en Afrique et ailleurs. La persistance de cette thématique dans la réflexion universitaire africaine montre bien les enjeux du concept « Altérité » face aux questions identitaires sans cesse affirmées dans les politiques culturelles étatiques. Nous employons le concept « autochtonie » pour désigner des formes d’identité culturelle qui s’appuient sur la référence à un espace géographique entendu comme repère social et historique d’un groupe social. Tandis que le concept « identité culturelle » marquerait une reconnaissance commune à partager et à vivre les mêmes valeurs culturelles, sans forcément une référence à un espace géographique précis.

[2] Université Omar Bongo, Libreville, Gabon.

[3] Concept central de mon article intitulé « Le complexe de la matrice génitale dans la littérature africaine », in Les symbolismes culturels dans les littératures francophones » (à paraître aux Presses universitaires de Montpellier III, 2006).

[4] Ce terme n’est pas employé péjorativement. Nous voulons, par cet emploi, marquer la différence entre deux conceptions évolutives de la ville : la ville comme espace d’échanges interculturels et économiques mais non pourvu de l’idée de citoyenneté et la ville comme espace démocratique engageant la participation citoyenne.

[5] Si l’on admet, en dehors de tout enjeu culturel ou idéologique, l’africanité des premières civilisations égyptiennes, la question de l’altérité culturelle se poserait dans une distance temporelle bien plus ancienne.

source :http://www.refer.sn/ethiopiques/art...





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